Collectif Emploi Jeudi 25 Septembre 2014: Synthèse de l'intervention d' André Comte-Sponville.

                                                                                                                                                        25/09/2014
 
« Sens du travail, bonheur et motivation »
...Entre Platon et Spinoza...
 
Le Collectif Emploi, regroupant depuis 10 ans Réunica, AFPP, Le Crépi Touraine, La Maison des Cadres d’Indre et Loire, et Pise, a organisé sa soirée annuelle Jeudi 25 Septembre 2014, à La Maison des Associations de Joué Lès Tours, avec André Comte-Sponville, Agrégé de Philosophie, auteur de nombreux ouvrages, et membre du Comité Consultatif national d’éthique.
En 2013, le Collectif Emploi a favorisé le retour à l’emploi de+ de 1 640 personnes, avec  3 200 personnes en contact et 400 entreprises.
Après  Hervé Sériex en 2012, Marc Giget en 2013, André Comte-Sponville intervenait devant plus de 250 participants (Chefs d’entreprises, Dirigeants, et Institutionnels) sur le thème « Sens du travail, bonheur et motivation » (philosophie du management).
 
Si le métier de Manager est un métier difficile, c’est parce qu’il s’agit avant tout de faire travailler les autres. A la question quel % de collaborateurs continueraient de travailler s’ils gagnaient 60 M € ?
La réponse est proche de zéro. Oui, parce que travailler dans votre entreprise, c’est d’abord une contrainte. C’est la difficulté du management. Il n’y a pas de fouet ; il fait défaut. Dure saison pour les managers. Les autres cherchent le bonheur, et pas du travail. Il y a maldonne dès le départ.
Le but d’une entreprise, c’est de créer de la richesse, et non des emplois. C’est de faire du profit. Personne ne cherche le travail pour le travail. Alors  comment fait-on pour donner du sens au travail ? C’est le problème du management.
Qu’est-ce qui fait courir vos salariés ?
Le travail est un moyen et non une fin. Le travail est une valeur marchande, et non une valeur morale. On vous paie pour travailler. Ils travaillent pour gagner leur vie. L’argent rend motivable, et le salaire est fixé par le marché du travail. Alors, la vraie valeur ajoutée du manager est dans les autres raisons/motivations que le salaire seul. En effet, les salariés restent s’ils trouvent un certain plaisir, un certain bonheur. « Tout homme, toute femme veut être heureux »Pascal
La démarche, le problème  c’est la motivation. D’un point de vue objectif, la motivation est un fait, et d’un point de vue subjectif, c’est un état psychologique. Le motif est un but intellectuel, et le but c’est le désir. Les motivations sont des désirs de faire plaisir. « Le désir est l’unique force motrice »Aristote, et « Le désir est l’essence même de l’homme » pour Spinoza. Nous sommes des êtres de désir.
Un dirigeant d’entreprise, c’est avant tout un professionnel du désir de l’autre (Clients, salariés). C’est ce que l’on appelle le Management.
Alors, il convient de s’interroger sur  qu’est-ce que le désir ?
Sur ce point, il y a 2 approches vraies : Platon et Spinoza.
Pour Platon, l’amour est désir et le désir est manque. Ce qu’on n’a pas, n’est pas, ce que l’on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. Voilà pourquoi le bonheur est manque. « Il n’y a pas d’amour heureux » disait Louis Aragon. Le bonheur, c’est d’avoir ce que l’on désire. Dès que le désir est satisfait, il n’y a plus de manque. Etre heureux, c’est d’avoir ce que l’on désire. Le pôle Platon, c’est le pôle du manque. Ainsi pour un salarié ex-chômeur, le travail ne fait  le bonheur que d’un chômeur. Il n’y a pas de travail heureux. Dans la relation amoureuse, le coup de foudre c’est séduire l’autre ; le manque se transforme en souffrance. La souffrance du chômeur, c’est l’ennui du salarié. « Le seul métier ou l’on ne s’ennuie jamais, c’est celui que l’on n’a pas »Alain. Un couple heureux, c’est un couple où l’on ne s’ennuie jamais. Il existe parfois des couples heureux, et il existe parfois des salariés heureux.
Pour Spinoza, « L’amour est désir, mais le désir n’est pas manque. Le désir est puissance de jouir, et jouissance en puissance ». Le manque sexuel, c’est la frustration. Si le désir est puissance, l’amour est joie. « Aimer c’est se réjouir »Aristote. Il n’y a pas d’amour malheureux. L’amour est une joie qu’accompagne  l’idée d’une cause extérieure.
Est-ce que vos clients courent pour le manque ?(Platon)
On vient chez Platon, on revient chez Spinoza. Platon a toujours raison, mais ne suffit presque jamais. C’est l’exemple de la restauration, dès qu’il y a concurrence. C’est forcément l’un et l’autre. C’est aussi vrai pour le plaisir d’être bien habillé pour les magasins de vêtements.
Qu’est ce qui fait courir vos salariés ?
Tous les salariés viennent travailler chez Platon le matin, pour l’argent, et ils s’ennuient pour Schopenhauer, et d’autres passent la journée chez Spinoza : le plus grand nombre de salariés. Quand il n’y a pas de manque, c’est l’ennui. Un salarié heureux se réjouit de faire ce métier. Il aime son travail, il est heureux de le faire. Dans le management Spinoziste, un manager se soucie du bonheur professionnel des salariés ; c’est le cœur du métier de Manager. Le marketing du manager c’est d’avoir et de garder les meilleurs salariés, les meilleurs clients.
Se soucier du bonheur de ses salariés, c’est votre cœur de métier.